GUY DELISLE : « GUIDE DU ROUTARD » DES RELIGIONS AU PROCHE-ORIENT

La rencontre du pape François avec le patriarche orthodoxe russe Cyrille est lourd de paradoxes, de silences voire de désinformations dans les médias.

L’approche et la visée très particulières de certains bédéistes peuvent contribuer à lever beaucoup de ces ambiguïtés. C’est exactement ce que fait Guy Delisle dans ses Chroniques de Jérusalem (Éditions Delcourt – 2 011). Dans la planche ci-dessous (p. 109), il résume splendidement les contradictions des administrateurs de l’Église du Saint-Sépulcre à Jérusalem dont ils sont, à tour de rôle, gestionnaires.

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http://www.guydelisle.com/category/bd/page/10/

L’énumération est distributive : le texte établit la liste des « communautés religieuses qu’on peut y croiser »; le graphisme insiste, d’une part sur les différences (disparités / singularités), de l’autre sur les similitudes. Entre autres attributs communs (comparABLES), signalons l’incontournable croix que tout ministre chrétien se doit d’arborer et, pour tous – sauf un -, la barbe plus ou moins longue et taillée, le couvre-chef plus ou moins enveloppant, le pendentif plus ou moins orné… À côté des 5 confessions orientales, le catholique romain se démarque presque en antithèse : nue tête, sans coiffure ni pendentif, avec une simple croix latine et un col, bien sûr romain.

Le texte d’accompagnement des cases de narration invite à approfondir les conditions – presque rocambolesques – de gestion du lieu saint.

La première case de la page suivante donne un bon exemple des « dissensions et discordes assez fréquentes » : les postures des deux ecclésiastiques se présentent en parallélisme, alors que le texte insiste sur la divergence (antithèse). D’autres passages de l’album proposent de précieux compléments d’informations sur le sujet.

Pour en revenir à la rencontre du pape et du patriarche, on ne peut que se féliciter de cette initiative qui comble presque mille ans de schisme. Elle a lieu au moment où s’engagent les premiers pourparlers de paix en Syrie alors que les médias ont trop peu insisté sur le fait que beaucoup de réfugiés (et non comme disent certains à tort, de migrants) soient des chrétiens. L’Islam – qui connaît ses propres dissensions entre chiites, sunnites, soufites, etc. – chercherait-il à se coaliser pour expulser les chrétiens du Proche-Orient et se réserver en exclusivité le territoire de leurs propres discordes?