« PRÉSENT » : ABUS OU CATACHRÈSE?

Joseph Soltész

Les néologismes, d’abord plus ou moins discutables, galopent toujours : ainsi « Les nuages / les vents [ etc. ] seront présents. », formule qui «orne » les bulletins des météorologues régionaux (et même nationaux). Curieusement, le contraire (« Les vents / nuages [ etc. ] sont absents. ») semble totalement exclu.

Mais, pour le moment, dans le langage courant, l’adjectif présent ne peut s’appliquer qu’aux êtres vivants. Pas aux concepts, pas aux objets, pas aux nuages, pas à la pluie, pas aux pannes…

Pourquoi les puristes s’insurgent-ils? Parce que ces formulations n’ont pas encore passé le cap de la catachrèse, figure qui fait qu’une expression imagée, devenue banale, a été vidée de tout son sens originel et original.

Pour quelle raison particulière cette condamnation? Parce que la plupart des langues occidentales font, en sourdine, la distinction entre animés et inanimés. Actuellement, seuls les premiers peuvent être « présents ». Sinon, il s’agit d’une personnification, variante de la métaphore ou de la comparaison qui doit être justifiée par une recherche stylistique particulière et appropriée.

Caprices linguistiques typiques, rien n’empêche de dire « en présence de nuages / de brume / de vent… ». « En présence » permet donc à présent de se faufiler en discours par catachrèse. Un jour, à force d’emploi par de plus en plus d’usagers, elle sera établie en langue.

De même qu’on peut prévoir à peu près à coup sûr la disparition du fait français au Québec à moyen terme (ce qu’un article du Devoir sur l’anglicisation de la langue de travail traduit clairement : http://www.ledevoir.com/politique/quebec/465935/journee-internationale-de-la-francophonie-le-travail-se-bilinguise-au-quebec ), on peut penser que, dans un laps de temps assez court, les formules favorites des météorologues se seront installées à jamais.

La catachrèse aura triomphé. (Comme « Bon matin! » (« Good morning! »)

Mais c’est un autre débat