Téléphones intelligents… Vraiment?

Joseph Soltész

La personnification par l’intelligence semble virer à la catachrèse : la formule serait déjà tellement courante qu’elle s’appliquerait de soi à une foule de nouveautés électroniques… Que déjà les médias relaient allègrement.

Sur la Première chaîne de la SRC, Annie Desrochers laisse plus que personne à entendre qu’elle affectionne particulièrement le terme. Mais lorsqu’elle le fait pour souligner que ces appareils sont la cause de nombreux accidents non seulement chez les automobilistes, mais aussi auprès des piétons, on peut se demander où se situe la présumée intelligence.

Un dispositif vraiment intelligent serait en mesure d’avertir le téméraire utilisateur: « Il est interdit de conduire un véhicule en textant. » – « Gare à toi si un policier te trouve en flagrant délit! » – « Pour la sécurité et celle des autres usagers, je vais me déconnecter sur le champ. » – etc. Cette dernière intervention – que la loi pourrait rendre obligatoire – constitue presque la condition minimale de la vraie intelligence : celle qui inclut l’autocritique. On en est loin. (Mais ça s’en vient…)

 

On mesure alors toute la différence entre programmation (très poussée dans tous les appareils cellulaires, mobiles, tablettes, etc.) et éducation. Dans le premier cas, le potentiel de rétroaction est limité aux données fournies ou à celles accessibles par connexion; dans le second cas, l’examen de la situation les dépasse et inclut même un feedback avec l’usager et les conditions dans lesquelles il opère. Les prétendus appareils intelligents ne le sont pas parce qu’ils sont incapables de « gérer », voire seulement de conseiller les utilisateurs fautifs. Quand ils auront été éduqués à le faire, alors oui on pourra leur affubler le terme.

Pour le moment, l’intelligence s’applique seulement à certains êtres vivants (les humains, d’innombrables animaux). Pour le reste, il faut encore attendre pour que la personnification de ces dispositifs électroniques se justifie. Et donc dire autre chose.